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« L’ADN de la Petite Ceinture, c’est la voie ferroviaire. La rendre accessible oui, mais la protéger ! »

Rencontre avec le Président de l’association Sauvegarde Petite Ceinture. Le mardi 7 avril, Anne Hidalgo annonçait avec le groupe SNCF « l’ouverture du plus grand nombre de tronçons possible pour la promenade et d’accueillir de nouveaux usages réversibles tout en valorisant la biodiversité. » Nous avons rencontré Jean Emmanuel Perrier de l’association Sauvegarde Petite Ceinture pour savoir concrètement quel regard il portait sur cette nouvelle appropriation de la Petite Ceinture parisienne.

La petite ceinture

Comment voyez-vous cette nouvelle annonce de la Mairie de Paris ?

Ce qu’on y voit tout d’abord, c’est le protocole d’accord qui existe entre la Mairie de Paris et la SNCF. Ce qui est intéressant, c’est que la petite ceinture reste dans le patrimoine SNCF, autrement dit elle garde le statut de voie ferrée. C’est une bonne nouvelle pour nous, car nous pensons que la Petite Ceinture doit être maintenue avant tout comme un site ferroviaire, pertinent en terme de transport, et dans lequel les aménagements futurs ne viennent pas obérer l’avenir. Il faut préserver la possibilité d’utiliser la ligne pour du transport de voyageurs et de marchandises. Le protocole prévoit cette disposition. Même s’il va y avoir des ouvertures au public, ces ouvertures doivent se faire mais avec le maintien de la voie ferrée car l’ADN de la petite ceinture c’est d’abord et avant tout la voie ferrée, c’est elle qui rend ce site aussi fascinant.

De votre côté, qu’est ce que vous proposez concrètement ?

A court terme on suggère des circulations de trains spéciaux sur l’ensemble des tronçons. On a mis en avant cette proposition dans le cadre du budget participatif de la Ville de Paris. Elle a depuis été évoquée devant le Conseil de Paris. Il s’agit donc de faire circuler des trains de découverte tout en ouvrant la Petite ceinture à la promenade.

De tels aménagements seraient complémentaires avec les aménagements en cours de la mairie de paris.

La petite ceinture parisienne

Ouvrir la Petite ceinture pour la promenade et favoriser les nouveaux usages : Est-ce que les deux sont réellement conciliables ?

Pour cela, il faut que la voie ferrée soit bien préservée. Ce qui a été fait dans le 15e arrondissement est à prendre en exemple. Il y’a une voie ferrée qui a été recouverte et une autre qui a été préservée, les promeneurs marchent le long de la voie ferrée encore visible, sans pour autant l’abimer. Sur les deux voies existantes, une voie doit donc être préservée pour des circulations ponctuelles.

On parle de plus en plus de la volonté des parisiens de se réapproprier la Petite Ceinture, mais qu’est ce qui est actuellement fait aujourd’hui ?

Il y a des jardins partagés, dans le 18e et dans le 14e. Depuis une vingtaine d’années, un artiste vit dans une gare, celle d’Avron. L’endroit est par ailleurs fréquenté par les tagueurs et certaines voutes, dans le 19e arrondissement, ont été conquises par des artistes et des collectifs d’artistes.

En ce qui concerne notre collectif, nous intervenons auprès des associations d’insertion qui entretiennent la ligne. On explique aux salariés en insertion l’histoire de la Petite Ceinture. Ces conférences sont menées sur le terrain. Il nous arrive également d’effectuer des visites guidées au dessus de la ligne dans le 18e par exemple, avec la Recyclerie, le café dans le 18e. Mais notre action reste une action politique de terrain pour la sauvegarde de la ligne.

Quel serait l’avenir idéal pour la Petite Ceinture dans 20 ans ?

Notre volonté c’est que cette ligne ne soit pas cantonnée à une fonction décorative. Si dans 20 ans les besoins en transports en commun ont augmenté et que la petite ceinture n’est pas utilisée, ce serait dommage. L’idéal pour nous, ce serait qu’elle garde sa spécificité ferroviaire, son âme, et qu’en aucun cas on se prive de ne pas l’utiliser. La catastrophe serait qu’elle devienne un terrain vague, un parc de promenade, ou un jardin comme un autre.

Est-ce que cela ne créerait pas une nouvelle barrière au sein même de Paris ?

A priori non car on reste sur des transports légers. Le transport type qu’on privilégierait serait du type tramway, ou peut-être même un transport que l’on ne connait pas encore ! Une barrière ? Je ne pense pas. Le périphérique en est une réelle, avec beaucoup de nuisances, alors que notre vision au moment du débat sur le tramway à Paris, était notamment « un tramway dans un jardin » pour la petite ceinture.

Un nouveau moyen de transport expérimenté dans la Petite Ceinture ?

Pourquoi pas ? La petite ceinture doit s’intégrer dans la ville, elle doit évoluer tout en gardant sa spécificité, son histoire, et qu’elle soit pourquoi pas, un exemple, un lieu d’expérimentation de nouveaux usages.

Pourquoi tant de mystères et de curiosités sur ce lieu à Paris ?

C’est un ensemble de plein de choses. Dans une grande ville comme Paris, voir cette voie ferrée inutilisée au quotidien et qui surgit dans la ville à des endroits très différents, ça interpelle forcément… Et puis c’est un lieu officiellement fermé au public. Il y a tout un mythe autour des raisons et de la date de sa fermeture. Les parisiens découvrent cette voie ferrée dans un endroit et se posent alors plein de questions : Où est ce qu’elle va ? D’où est ce qu’elle vient ? Pourquoi est-elle fermée ? Beaucoup de gens pensent que c’est stratégique, militaire, que ce serait un lieu secrètement gardé par l’armée… La petite ceinture alimente les fantasmes.

Institutionnaliser des aménagements ou des fréquentations, ne viendrait-il pas casser ce mystère ?

C’est exactement ça le problème de fond. La ville de Paris en son temps n’avait pas cette vision là. Avec les associations avec lesquelles on travaille depuis longtemps, on porte une vision selon laquelle il ne faudrait pas dénaturer le lieu. Institutionnaliser un lieu comme la coulée verte de la Bastille, ça ne marcherait pas. Le Petite Ceinture se transformerait en un lieu sans âme. Il faut donc des aménagements légers. La ville de Paris est dans cette logique. Elle ne veut pas d’aménagements lourds et massifs. La volonté est de garder ce côté sauvage. Le meilleur moyen de garder le mystère de ce lieu serait d’en limiter l’accès, mais la demande des parisiens d’être dans des lieux hors-norme nous pousse à réfléchir sur la meilleure manière qu’il soit pour garder la singularité du lieu. La voie ferrée participe à cet esprit.

Aujourd’hui l’ouverture de ce type de site à Paris fait partie d’une logique, avec la biodiversité le besoin d’évasion…mais il faut des aménagements limités. Il faut savoir s’arrêter dans l’aménagement, c’est la clé.

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Source: demainlaville